Le Carnet du samedi

15 à 20 minutes pour soi

Bien manger sans régime : et si nous commencions par ajouter plutôt que supprimer ?

Isabelle Prost24 octobre 202615 min de lecture
Bien manger sans régime : et si nous commencions par ajouter plutôt que supprimer ?

Sans sucre. Sans gras. Sans féculents. Sans gluten. Sans plaisir, parfois. Lorsqu'il est question de « mieux manger », notre première pensée est souvent tournée vers ce qu'il faudrait enlever de notre assiette.

Supprimer. Éviter. Interdire. Contrôler. Résister.

Et si, cette semaine, nous prenions le sujet exactement dans l'autre sens ?

Et si mieux manger commençait par se demander ce que nous pourrions ajouter à notre alimentation ?

Bienvenue dans Le Carnet du samedi. 15 à 20 minutes pour soi.

Pour lire, comprendre, écrire… et expérimenter.

Quand manger devient compliqué

Nous mangeons plusieurs fois par jour depuis toujours. Et pourtant, rarement notre alimentation aura suscité autant de questions.

Faut-il manger des glucides ? À quelle heure ? Les fruits sont-ils trop sucrés ? Faut-il supprimer le pain ? Compter les calories ? Manger davantage de protéines ? Faire un jeûne ? Éviter certains aliments ?

À force d'informations parfois contradictoires, quelque chose d'aussi fondamental que manger peut devenir source de confusion. Et parfois de culpabilité.

Alors revenons à une question beaucoup plus simple : de quoi notre organisme a-t-il besoin pour être nourri ?

Nourrir plutôt que simplement remplir

Notre alimentation nous apporte de l'énergie. Mais pas seulement.

Elle apporte aussi des protéines, des glucides, des lipides, des fibres, des vitamines, des minéraux et de nombreux autres composés présents naturellement dans les aliments.

Ce sont notamment ces vitamines et minéraux que nous appelons les micronutriments.

Ils sont nécessaires en petites quantités, mais interviennent dans de très nombreuses fonctions de notre organisme. C'est une des raisons pour lesquelles la diversité alimentaire est si importante.

Aucun aliment, aussi intéressant soit-il, ne contient tout ce dont nous avons besoin. Notre santé nutritionnelle se construit donc moins autour de « l'aliment parfait » que dans la diversité et la complémentarité de notre alimentation au fil des jours.

Ce que nous dit la recherche

🔎 Ce que nous disent les recommandations actuelles

En janvier 2026, l'Organisation mondiale de la Santé a actualisé ses recommandations sur l'alimentation saine. Elle en retient quatre grands principes : la suffisance, l'équilibre, la modération, et surtout la diversité.

L'OMS recommande notamment une alimentation variée comprenant des fruits, des légumes, des légumineuses, des céréales complètes, des fruits à coque, des graines et différentes sources de protéines adaptées à chacun.

En France, Santé publique France utilise elle-même une formulation que je trouve particulièrement intéressante. Ses recommandations ne commencent pas uniquement par « réduire ». Elles commencent aussi par : AUGMENTER.

Augmenter les fruits et légumes. Augmenter les légumes secs comme les lentilles, haricots ou pois chiches. Augmenter les fruits à coque non salés. Augmenter le fait maison. Et aller davantage vers les céréales complètes.

Cette manière de présenter l'alimentation me paraît intéressante parce qu'elle ouvre une autre voie : améliorer notre assiette sans nécessairement commencer par la restriction.

Et si nous commencions par ajouter ?

Prenons un déjeuner très simple. Vous mangez habituellement des pâtes avec un peu de fromage.

Nous pourrions commencer par dire : « Il faut supprimer ceci. Réduire cela. Remplacer absolument ceci par cela. » Essayons autrement. Que pourrions-nous ajouter ?

Quelques tomates. Des courgettes. Une salade. Des lentilles. Quelques herbes aromatiques. Une poignée de noix. Un fruit en dessert.

Puis, peut-être progressivement, essayer parfois des pâtes semi-complètes ou complètes.

Votre repas n'a pas été révolutionné. Il a été enrichi. Et cette nuance change beaucoup de choses.

Ajouter des couleurs

Regardez votre assiette. Combien de couleurs voyez-vous ? Rouge. Vert. Orange. Violet. Jaune. Blanc.

Les couleurs ne constituent évidemment pas à elles seules un indicateur nutritionnel suffisant. Mais elles peuvent devenir un repère très simple pour introduire davantage de variété végétale.

Une tomate. Une carotte. Des épinards. Un poivron. Des myrtilles. Du chou. Des herbes. Un fruit.

Plutôt que de chercher immédiatement à composer « l'assiette parfaite », posez-vous simplement cette question : « Quelle couleur pourrais-je ajouter aujourd'hui ? »

Ajouter des fibres

Les fibres sont présentes notamment dans les légumes, les fruits, les légumineuses, les céréales complètes, les graines et les fruits à coque. Et nous n'en consommons pas toujours suffisamment.

Les données françaises publiées par Santé publique France en 2025 montrent justement que la consommation de fibres reste insuffisante dans la population française.

Alors, là encore, plutôt que tout transformer : ajouter quelques lentilles dans une salade, choisir parfois du pain complet, ajouter des légumes à un plat que vous aimez déjà, prendre un fruit, mettre quelques noix ou amandes non salées à disposition.

Nous enrichissons avant de bouleverser.

Ajouter de la variété

Nous pouvons manger « équilibré » et pourtant manger presque toujours les mêmes aliments. Or la variété contribue à diversifier nos apports nutritionnels.

Essayez une expérience très simple. La prochaine fois que vous faites vos courses, choisissez un aliment végétal que vous n'avez pas mangé la semaine précédente.

Une autre variété de légumes. Un légume sec. Une nouvelle céréale. Un fruit de saison. Une graine. Une herbe aromatique.

Il ne s'agit pas de rechercher l'exotisme. Il s'agit simplement de sortir doucement de l'automatisme.

Ajouter du fait maison… sans rechercher la perfection

Santé publique France recommande également d'augmenter le fait maison. Mais attention à ne pas transformer cette recommandation en nouvelle injonction.

Faire maison ne signifie pas nécessairement passer deux heures en cuisine. Une omelette et une salade. Une soupe. Des lentilles accompagnées de légumes. Un yaourt avec un fruit et quelques noix. Un plat préparé auquel vous ajoutez des légumes.

La pleine santé doit pouvoir entrer dans la vraie vie. Avec ses journées longues. Ses enfants. Son travail. Ses imprévus. Ses soirs où nous n'avons simplement pas envie de cuisiner.

L'objectif n'est pas de manger parfaitement. L'objectif est de disposer de davantage d'options favorables à notre santé.

Et surtout : ajouter du plaisir

Nous parlons beaucoup des nutriments. Mais nous ne mangeons pas des tableaux nutritionnels. Nous mangeons des aliments.

Avec des odeurs. Des textures. Des souvenirs. Des traditions. Des repas partagés. Des goûts que nous aimons depuis l'enfance.

Le plaisir n'est donc pas nécessairement l'ennemi d'une alimentation favorable à la santé. Une alimentation que nous vivons uniquement comme une succession de frustrations risque d'être difficile à inscrire sereinement dans la durée.

Manger, c'est nourrir notre organisme. Mais c'est aussi un acte social, culturel, sensoriel et parfois affectif. La pleine santé nous invite précisément à ne pas séparer toutes ces dimensions.

Écouter aussi ce qui se passe après le repas

Je vous propose maintenant de déplacer légèrement votre attention. Au lieu de regarder uniquement ce qu'il y a dans votre assiette, observez aussi comment vous vous sentez.

Avant le repas : Ai-je faim ? Pendant : Est-ce que je prends plaisir à manger ? Est-ce que je mange rapidement ou tranquillement ? Après : Comment est mon niveau de satiété ? Comment est mon énergie ? Comment est mon confort digestif ?

Il ne s'agit pas d'analyser chaque bouchée. Encore moins de chercher à contrôler votre alimentation. Il s'agit de retrouver progressivement une compétence fondamentale : observer les signaux de votre propre corps.

La nutrition n'est jamais totalement universelle

Les recommandations de santé publique donnent des repères précieux à l'échelle de la population. Mais nous sommes également des individus.

Notre âge. Notre activité physique. Notre état de santé. Notre histoire. Nos traitements. Nos éventuelles allergies ou intolérances diagnostiquées. Nos besoins physiologiques. Notre culture alimentaire. Nos moyens. Notre quotidien. Tout cela compte.

L'OMS rappelle elle-même que la composition précise d'une alimentation équilibrée varie selon les caractéristiques individuelles, le mode de vie, le contexte culturel et les aliments disponibles.

C'est pourquoi un article de blog peut donner des clés de compréhension et de réflexion, mais ne remplace pas un conseil médical ou nutritionnel individualisé lorsqu'il est nécessaire.

La page du Carnet

Quatre cases dans votre carnet

Cette semaine, je ne vais pas vous demander de noter tout ce que vous mangez. Je préfère vous proposer quelque chose de beaucoup plus simple.

Dessinez quatre cases dans votre carnet.

Dans la première, écrivez : CE QUE JE MANGE DÉJÀ AVEC PLAISIR.

Dans la deuxième : CE QUE JE POURRAIS AJOUTER.

Dans la troisième : CE QUE J'AIMERAIS DÉCOUVRIR.

Et dans la quatrième : CE QUE MON CORPS SEMBLE APPRÉCIER.

Puis regardez votre page. Pas pour vous juger. Pour découvrir.

Le petit pas de la semaine

Un repas par jour, une chose à ajouter

Pendant sept jours, choisissez un seul repas par jour.

Et posez-vous simplement cette question : « Qu'est-ce que je pourrais ajouter à ce repas pour le rendre un peu plus nourrissant et varié ? »

Un légume ? Un fruit ? Une légumineuse ? Une céréale plus complète ? Quelques noix ou graines ? Un peu plus de couleur ? Peut-être simplement de l'eau ?

Une seule chose. Pas de révolution alimentaire. Pas de liste d'interdits. Pas de culpabilité si vous oubliez. Juste une expérience.

Le mot d'Isabelle

Avant de supprimer, regardons ce qui manque

Depuis quelques semaines, nous avançons ensemble avec une même philosophie.

Nous avons parlé de pleine santé. D'énergie. De temps pour soi. D'habitudes et de petits pas. De stress et de charge mentale.

Et à chaque fois, nous revenons au même principe : nous n'avons pas nécessairement besoin de tout changer pour commencer à prendre soin de nous.

Notre alimentation n'échappe pas à cette règle.

Alors, avant de demander : « Qu'est-ce que je devrais supprimer ? » essayons peut-être une nouvelle question : « De quoi mon alimentation aurait-elle besoin d'un peu plus ? »

Plus de diversité ? Plus de végétal ? Plus de fibres ? Plus de simplicité ? Plus de cuisine ? Plus d'écoute ? Plus de plaisir ?

La réponse sera différente pour chacun. Et c'est très bien ainsi.

Parce que votre alimentation n'a pas besoin d'être parfaite. Elle a besoin de pouvoir vous nourrir, vous accompagner et trouver sa place dans votre vie.

À samedi prochain.

Isabelle

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