Le Carnet du samedi

15 à 20 minutes pour soi

Stress et charge mentale : quand notre cerveau ne s'arrête plus

Isabelle Prost17 octobre 202615 min de lecture
Stress et charge mentale : quand notre cerveau ne s'arrête plus

Vous êtes assis(e). Votre journée est peut-être terminée. Mais dans votre tête, elle continue.

Vous êtes assis(e).

Votre journée est peut-être terminée. Mais dans votre tête, elle continue.

Le rendez-vous de demain. Le message auquel vous n'avez pas répondu. Les courses. Le dossier à terminer. L'anniversaire auquel il faut penser. Le rendez-vous médical à prendre. Cette conversation qui vous préoccupe. Ce que vous avez oublié.

Et surtout… ce que vous ne devez absolument pas oublier.

Votre corps s'est arrêté. Votre mental, lui, continue de courir.

Bienvenue dans Le Carnet du samedi. 15 à 20 minutes pour vous.

Aujourd'hui, j'aimerais vous inviter à regarder quelque chose que nous ne voyons pas toujours : tout ce que nous portons sans que cela apparaisse dans notre agenda.

Stress, charge mentale : de quoi parlons-nous vraiment ?

Commençons par distinguer les deux.

Le stress fait partie de la vie. L'Organisation mondiale de la Santé le définit comme un état d'inquiétude ou de tension mentale provoqué par une situation difficile.

C'est une réaction humaine naturelle. Nous avons tous besoin d'une certaine capacité à nous mobiliser lorsque quelque chose demande notre attention ou notre adaptation.

Le problème n'est donc pas d'éprouver du stress. Il apparaît davantage lorsque celui-ci devient trop important, trop fréquent ou trop durable, et que nos capacités de récupération ne suffisent plus.

La charge mentale, elle, renvoie à quelque chose d'un peu différent. C'est tout ce travail cognitif souvent invisible qui consiste à : penser, anticiper, planifier, organiser, se souvenir, coordonner, vérifier, prévoir ce dont les autres auront besoin… avant même qu'ils aient besoin de le demander.

Et lorsque stress et charge mentale se rencontrent, une sensation familière peut apparaître : « Je n'arrive jamais vraiment à décrocher. »

Ce que nous dit la recherche

Ce que nous dit la recherche

L'Organisation mondiale de la Santé rappelait encore en mars 2026 qu'un stress excessif peut affecter notre fonctionnement quotidien et notre santé.

Il peut notamment être associé à des difficultés de concentration, de sommeil, à des tensions physiques, à des troubles digestifs, à des maux de tête ou encore à une modification de l'appétit.

L'OMS souligne également l'importance de certains fondamentaux pour mieux faire face au stress : maintenir une routine quotidienne, dormir suffisamment, conserver des liens sociaux, pratiquer une activité physique régulière et apprendre certaines techniques simples de gestion du stress.

Mais j'aimerais ajouter quelque chose d'essentiel : nous ne pouvons pas toujours respirer suffisamment profondément pour compenser une vie devenue structurellement trop chargée. Et c'est là que notre regard doit s'élargir.

Et si le problème n'était pas seulement votre organisation ?

Lorsque quelqu'un se sent débordé, le premier conseil donné est souvent : « Tu devrais mieux t'organiser. »

Faire des listes. Utiliser un agenda. Prioriser. Optimiser. Se lever plus tôt. Être plus efficace.

Ces outils peuvent évidemment être utiles. Mais parfois, ils ne répondent pas au véritable problème.

Parce que la question n'est peut-être pas : « Comment réussir à tout faire ? »

Mais : « Pourquoi est-ce que j'essaie de tout porter ? »

La nuance est immense.

Ce que l'agenda ne montre pas

Deux personnes peuvent avoir exactement le même nombre de rendez-vous dans une journée et ressentir une charge complètement différente. Pourquoi ?

Parce qu'un agenda ne montre pas tout. Il ne montre pas : qui pense aux repas, qui se souvient des rendez-vous, qui anticipe les besoins des enfants, qui organise les vacances, qui vérifie que tout le monde va bien, qui pense aux cadeaux, qui répond aux messages, qui absorbe les tensions, qui prépare mentalement la journée suivante, qui maintient le lien familial, qui se demande si quelque chose a été oublié.

Et cela existe également dans la vie professionnelle. Qui anticipe les problèmes ? Qui vérifie ? Qui rattrape ? Qui rassure ? Qui prend spontanément ce que personne ne prend ? Qui garde toutes les informations dans sa tête ?

Certaines tâches prennent cinq minutes. Mais elles occupent parfois notre esprit pendant plusieurs heures.

Une lecture systémique : nous ne fonctionnons jamais seuls

C'est ici que l'approche systémique apporte, à mon sens, un éclairage particulièrement intéressant. Elle nous invite à ne pas regarder uniquement la personne. Elle regarde également le système dans lequel cette personne évolue.

La famille. Le couple. L'entreprise. L'équipe. Les relations. Les habitudes. Les rôles. Les attentes. Les règles parfois jamais exprimées.

Imaginons une personne épuisée parce qu'elle organise presque tout dans sa famille. Nous pourrions lui apprendre à mieux gérer son stress. Cela peut lui faire du bien. Mais si rien ne change dans la répartition des responsabilités, elle retournera ensuite dans exactement le même système.

Elle aura peut-être appris à mieux respirer… mais elle portera toujours autant.

La question devient alors : qu'est-ce qui, autour de moi, contribue aussi à maintenir ma surcharge ? Et quel rôle ai-je appris à tenir ?

Le rôle que nous avons appris à tenir

C'est une question parfois plus délicate. Parce que notre charge ne vient pas toujours uniquement de ce que les autres nous demandent. Elle peut aussi venir du rôle que nous avons progressivement appris à tenir.

Être celle ou celui qui gère. Qui prévoit. Qui ne demande rien. Qui trouve une solution. Qui ne dérange pas. Qui fait bien. Qui prend soin. Qui garde le contrôle. Qui veut éviter les conflits. Qui veut que tout le monde soit satisfait.

Ces qualités peuvent avoir énormément de valeur. Mais lorsqu'elles deviennent des obligations permanentes, elles peuvent aussi nous épuiser.

Alors posons-nous une question : « Est-ce que je fais tout cela parce que je le choisis encore… ou parce que je ne sais plus comment ne pas le faire ? »

Lorsque « prendre soin » devient « tout porter »

Prendre soin des autres fait partie de notre humanité. Et heureusement.

Mais prendre soin ne signifie pas nécessairement anticiper chaque besoin, résoudre chaque problème ou empêcher toute difficulté.

Il existe une différence entre : être présent(e) et se rendre responsable de tout.

Et cette frontière est parfois devenue tellement floue que nous ne la voyons plus.

Votre cerveau n'est pas un agenda

Il existe aussi une dimension très concrète. Lorsque nous essayons de conserver mentalement toutes les choses à faire, nous entretenons une sensation permanente d'inachevé.

« Ne pas oublier… » « Penser à… » « Il faut que… » « Surtout demain… »

Alors commençons simplement par sortir une partie de cette charge de notre tête. Pas pour devenir plus productifs. Pour retrouver de l'espace mental.

La page du Carnet

Votre page du Carnet — le grand déchargement

Aujourd'hui, je vous propose un exercice très simple.

Prenez votre carnet. Et pendant cinq minutes, écrivez tout ce qui occupe actuellement votre esprit. Sans organiser. Sans hiérarchiser. Sans chercher de solution.

Professionnel. Personnel. Familial. Administratif. Relationnel. Tout. Même les petites choses. Surtout les petites choses.

Puis relisez votre page. Et placez chaque élément dans l'une de ces quatre catégories :

A — AGIR : Cela dépend de moi et mérite réellement mon action.

D — DÉLÉGUER : Quelqu'un d'autre pourrait participer ou prendre cette responsabilité.

P — PLANIFIER : Ce n'est pas pour maintenant. Je décide quand je m'en occuperai.

L — LAISSER : Cela ne mérite peut-être plus mon énergie.

Cette dernière catégorie est souvent la plus difficile. Et peut-être la plus intéressante.

La page du Carnet

Une deuxième question, plus profonde

Maintenant, regardez votre liste et entourez tout ce qui concerne les autres.

Puis demandez-vous : « Qu'est-ce qui m'appartient réellement ici ? »

Et : « Qu'est-ce que je porte pour quelqu'un d'autre ? »

Ne cherchez pas immédiatement à changer. Observez. Parce que notre travail commence par la conscience.

Le petit pas de la semaine

Votre petit pas de la semaine

Chaque soir pendant sept jours, prenez cinq minutes.

Écrivez tout ce qui tourne encore dans votre tête.

Puis choisissez : une chose à faire demain, une chose à planifier, et une chose à laisser pour ce soir.

Puis fermez votre carnet. Littéralement. Fermez-le.

Et dites-vous : « Je n'ai pas besoin de continuer à y penser maintenant. C'est écrit. »

Certaines pensées n'ont pas besoin d'être résolues à 22 h 47. Elles ont simplement besoin de savoir qu'elles ne seront pas oubliées.

Et si votre charge mentale racontait aussi quelque chose de votre place ?

Depuis le début du Carnet du samedi, nous avançons progressivement.

Nous avons observé notre pleine santé. Puis notre énergie. Nous avons commencé à nous redonner du temps. Nous avons appris à construire de petites habitudes.

Aujourd'hui, nous ajoutons une nouvelle dimension : notre équilibre ne dépend pas uniquement de ce que nous faisons individuellement. Il dépend aussi de nos relations, de notre environnement, des rôles que nous occupons et des systèmes auxquels nous appartenons.

Et c'est un changement de perspective important. Parce qu'il nous permet de sortir d'une question parfois culpabilisante : « Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? » pour aller vers une question beaucoup plus féconde : « Qu'est-ce qui se joue ici, et sur quoi puis-je réellement agir ? »

Et si vous sentez qu'il est temps de regarder ensemble ce que vous portez, je vous propose un premier échange de 15 minutes, sans engagement, pour faire le point sur votre situation et identifier ce qui pourrait changer.

Et lorsque le stress devient trop important ?

Un article de blog et un carnet peuvent ouvrir une réflexion. Ils ne remplacent pas un accompagnement médical ou psychologique lorsqu'il est nécessaire.

Si votre stress devient difficile à gérer, affecte durablement votre quotidien, votre sommeil, votre travail, vos relations ou votre santé, il est important d'en parler à un professionnel de santé.

Demander de l'aide est aussi une manière de reprendre la main.

Une question à emporter avec vous

Avant de nous quitter cette semaine, j'aimerais simplement vous laisser celle-ci : « Est-ce que tout ce que je porte m'appartient vraiment ? »

Ne cherchez pas forcément la réponse immédiatement. Emportez simplement la question avec vous. Observez ce qu'elle fait émerger.

Parce que parfois, retrouver de l'équilibre ne commence pas par apprendre à porter davantage. Cela commence par reconnaître ce que nous pourrions enfin poser.

Le mot d'Isabelle

À samedi prochain

À samedi prochain.

Isabelle

Votre rendez-vous du samedi

15 à 20 minutes pour vous

Lisez. Réfléchissez. Écrivez. Puis faites un petit pas.